La musique : Le bien être sans ordonnance

Pour les victimes de lésions cérébrales, les malades d’Alzheimer, ceux de Parkinson, la musique peut-être un atout.

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La musique n'a pas d'émotion en elle-même

Existe-t-il de la musique triste ? Si oui pourquoi la majorité d’entre nous l’aime et la plébiscite ? Ces questions ont fait l’étude de recherches scientifiques. Lorsque vous écoutez de la musique dite New Age et/ou thérapeutique, elle est généralement composée avec des accords mineurs et un rythme très lent, entrainant une vague de bien être, de joie intérieure ou de tristesse, voire même de chagrin. La musique n’est pas triste en elle-même mais elle est considérée comme telle par l’auditeur. Suivant la règle de l’unicité, chacun la perçoit à sa manière. Toujours est-il, à travers des accords planants, on tire du plaisir à les écouter. Ce paradoxe propre à l’humain interpelle les neuroscientifiques, notamment les chercheurs Henna-Riikka Peltola et Tuomas Eerola qui considèrent la musique comme un des supports capables de gérer ses émotions et les perturbations cognitives, sensorielles et motrices. Elle peut amplifier par mimétisme la joie (concert, fête…), provoquer la surprise, l’excitation, la mélancolie, la nostalgie, le bien être intérieur, le chagrin, la peine voire même du dégoût et des répulsions. Dans un excellent reportage sur Futura santé, l’auteur soulignait que « Tous ces sentiments négatifs font finalement se sentir mieux ceux qui les ressentent. C’est le paradoxe de la tragédie, où l’on tire du bien-être à ressentir de la tristesse… ».

 

Deux chercheuses, l’anglaise Annemieke Van den Tol (université du Kent) et l’irlandaise Jane Edwards (université de Limerick), avancent « qu’écouter une musique triste aide à surmonter une situation difficile en embrassant la tristesse plutôt qu’en cherchant à la nier ». Cette forme de stratégie cognitive est appelée douleur cathartique par les psychologues. Donc, leur conclusion commune, « Ecouter de la musique triste, sous certaines conditions, peut rendre heureux » est surprenante car « ça ne semble pas logique d’écouter de la musique triste quand on est déjà triste » dixit Annemieke Van den Tol. Suite à une expérience « d’écoute de musique en accords mineurs planants » avec 64 volontaires, il en résulte une conclusion collégiale qui souligne un sentiment de « se sentir plus heureux », moins triste et apaisé ». La scientifique a décidé de pénétrer plus en avant dans ses recherches sur 220 personnes en se basant sur trois hypothèses : « Parce qu’il trouve cette musique très jolie, parce que les gens espèrent se détourner de leur tristesse, et troisième hypothèse, parce que les aide à recadrer leurs pensées. » Cette nouvelle étude plus poussée à travers des questions spécifiques ont conforté les hypothèses de Madame Van den Tol : « Ecouter de la musique triste quand on se sent triste est susceptible de nous faire sentir mieux quand on a choisi cette chanson parce qu’on la trouve belle, parce qu’on s’attend à ce qu’elle nous détourne de notre tristesse et parce qu’on pense que la musique nous aide à recadrer nos pensées tristes ».

 

La musique triste, une douleur qui nous fait du bien ?

 

D’un point de vue neurochimique, le professeur David Huron (School of Music Ohio State University) et auteur de plusieurs ouvrages (Sweet Anticipation, Music and the Psychology of Expectation, Voice Leading, The Science Behind a Musical Art) souligne qu’un évènement triste libère de la prolactine, une hormone peptidique sécrétée par les cellules lactotropes de la partie antérieure de l’hypophyse. Cette hormone aux rôles multiples (lactation, reproduction, croissance, immunité et comportement) provoque un sentiment de réconfort. De surcroît, la sensation d’une tristesse réelle (hors évènement traumatique) engendrée par de la musique « planante et triste » permettrait d’activer le circuit de la consolation et de ressentir du plaisir.

 

Quoiqu’il en soit, écouter et/ou jouer de la musique entraîne un changement de fond dans l’activité cérébrale. Le docteur Stéphane Guétin, souligne « qu’au niveau neurophysiologique, la musique stimule naturellement la production d’endorphines et de dopamine, neurotransmetteurs agissant directement sur la douleur« . Aujourd’hui les neurosciences et la neuro-imagerie cérébrale confirment qu’apprendre à jouer d’un instrument et/ou écouter permettrait de mieux vieillir, de ralentir le déclin cognitif et de stimuler la motricité. Les chercheurs Français font un travail remarquable tel le professeur de neuropsychologie Hervé Patel (chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale- Inserm) qui, à travers ses travaux, a pu établir que « La musique n’active pas une zone, mais plusieurs régions du cerveau » ou encore Emmanuel Bigand qui dirige une unité de recherche spécialisée sur le lien entre musique et cognition au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ce dernier affirme que « La musique transforme le cerveau en accroissant certaines zones et ce processus est bénéfique pour toutes les autres activités de l’être humainPour les victimes de lésions cérébrales, les malades d’Alzheimer, ceux de Parkinson, la musique peut-être un atout... ».

 

La musicothérapie possède de nombreuses vertus capables de réduire la douleur, l’anxiété et les troubles du sommeil, efficace dans la maladie d’Alzheimer, utilisée en gériatrie comme en pédiatrie. De Platon à Nietzsche, de Nelson Mandela à Bob Marley, de Romain Rolland à Pink Floyd, de Victor Hugo à Alex Michel de Mental Waves, tous s’accordent pour dire que la musique chasse la haine chez ceux qui sont sans amour, donne la paix à ceux qui sont sans repos, console ceux qui pleurent, donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée. La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. Somme toute, la musique peut rendre les hommes libres et c’est l’un des plus beaux cadeaux que la nature nous a offerts.

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Auteur

Eric Garnier Sinclair

Co-Fondateur Art De Rester Vivant (A.D.R.V©), Centre Kyudo Mugen, Chroniqueur, Reporter, Auteur des «Chroniques réflexions», « Self & Dragon Magazines», Magazines «Survivre» , «Tai chi Magazines», «Commando Magazines» ...