Stress : comprendre et gérer le stress

Jacques FRADIN – Docteur en Médecine & Agnès Roux

 

En ces périodes troublées, le stress est omniprésent, bien nourri par la sinistrose et le repli sur soi. C’est pourquoi des disciplines comme le Taiji Qigong ou toute autre activité de détente, peuvent s’avérer bénéfiques pour le système cardiovasculaire. A noter qu’à l’instar du Taichi chuan, le Taiji Qigong vient d’être reconnu par l’UNESCO comme « patrimoine immatériel de l’humanité » pour ses bénéfices au service de la santé et du bien-être.

« Si certains se plaignent du stress, il est dans le même temps assez répandu, dans les milieux professionnels, artistiques comme sportifs, d’affirmer que le stress est nécessaire à la motivation. Il est même de bon ton d’avoir un certain trac « ça prouve l’engagement », par exemple, avant une présentation orale ou une réunion importante, avec un gros enjeu à la clé. Or, le trac n’est qu’un stress d’un genre particulier, l’anxiété, sous-tendu par un état neurophysiologique dit de « fuite instinctive », issu lui-même de structures cérébrales très anciennes. Bien sûr, le fait de réussir une prestation malgré le trac est courant, mais est-ce que cela prouve que le trac est nécessaire à la motivation ou à l’adaptation ?

Le stress nous permettrait de nous sentir plus vivant, plus concerné. Il peut avoir pour effet de nous motiver. Attention toutefois à ne pas se laisser envahir au quotidien ! Pour éviter cela, mieux vaut apprendre à gérer son stress. Dans le monde professionnel ou sportif, celui qui n’a pas le trac est souvent suspecté d’être trop détendu, ce qui dénoterait un certain détachement ou un manque évident de motivation… À moins que – car les avis divergent – il ne s’agisse de l’expression d’un réel charisme, d’un certain talent, d’un véritable don, d’une aisance naturelle ! Alors, comment s’y retrouver ?

 

Il est un fait aisément observable que de grands orateurs affichent une grande décontraction. Mais sont-ils décontractés parce qu’ils sont « grands orateurs » ou sont-ils « grands orateurs » parce qu’ils sont décontractés ? Et décontraction signifie-t-elle pour autant déconcentration ?

Un stress parfois rassurant ?

En tout cas, ce qui pousse certains d’entre nous à devoir s’appuyer sur le stress réside en ce qu’ils ressentent parfois, ou sur certains sujets, en l’absence de stress, une sorte de vide intérieur. Cela est particulièrement vrai lorsque nous ne disposons pas d’une vocation suffisante, d’une prédisposition naturelle nommée la « personnalité primaire », ou tempérament. Le stress serait alors (parfois) rassurant puisqu’il nous permettrait de nous sentir plus vivant, plus concerné, de sentir qu’il se passe quelque chose en nous. Et de le prouver aux autres, pour obtenir de la reconnaissance. Cela peut avoir pour effet de nous motiver quelque peu, car l’attrait du succès, de la reconnaissance, ou la peur de l’échec, de la sanction, peuvent avoir un effet de motivation. Mais cet effet est ordinairement de courte durée.

Le lien est fait depuis longtemps entre stress psychologique et diminution des défenses immunitaires, cependant le pourquoi du comment était mal compris. Une équipe vient de montrer par quel mécanisme biologique s’opère l’association. 

Depuis plusieurs années, la communauté scientifique s’intéresse aux effets du stress psychologique sur la santé. Des études ont notamment montré qu’en cas d’infection, le stress est associé à une efficacité réduite du système de défense immunitaire. Avec son équipe, Sophie Ugolini, directrice de recherche Inserm au Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy (Inserm/CNRS/Aix-Marseille Université), a cherché à expliquer biologiquement cette association. Leurs résultats sont publiés dans le Journal of Experimental Medicine.

Infection par le cytomégalovirus (CMV), ici chez l’humain. En rouge et vert, les cellules Natural Killer essayent de se frayer un chemin vers la cellule infectée. © Inserm, Jabrane-Ferrat, Nabila

Un certain type de récepteurs qui se lie aux hormones

Les chercheurs se sont intéressés à des récepteurs exprimés à la surface de nombreuses cellules de l’organisme (dont les cellules immunitaires) et qui sont spécifiques des hormones du stress, l’adrénaline et la noradrénaline : les récepteurs β2-adrénergiques. Pour étudier leur rôle, l’équipe a d’abord mimé une situation de stress chronique chez des souris en administrant pendant sept jours une molécule qui, comme les hormones du stress, stimule les récepteurs β2-adrénergiques. Elle a ensuite exposé les animaux à un virus de la famille des herpès, le cytomégalovirus MCMV. Le taux de mortalité des souris « stressées » qui avaient reçu la molécule s’est alors avéré bien supérieur à celui des souris non traitées (90 % contre 50 %). 

Dans un second temps, les chercheurs ont évalué la résistance des animaux à l’infection en l’absence de ces récepteurs. Pour cela, ils ont exposé au cytomégalovirus des souris génétiquement modifiées pour être dépourvues de récepteurs β2-adrénergiques. Chez ces animaux, les hormones du stress ne pouvaient plus se fixer à des récepteurs β2 et ne pouvaient par conséquent plus agir. Ces souris résistaient beaucoup mieux à l’infection virale (90 % de survie contre seulement 50 % pour les souris contrôles). Ces premiers résultats suggèrent donc que la stimulation des récepteurs β2-adrénergiques par les hormones du stress serait responsable de l’affaiblissement du système immunitaire en situation de stress psychologique.

Des travaux qui ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques

Pour mieux comprendre les mécanismes en jeu, l’équipe a aussi analysé la réponse immunitaire des souris dépourvues de récepteurs β2-adrénergiques. Elle a observé une augmentation de la production de cytokines inflammatoires, molécules produites par les cellules immunitaires et favorisant l’élimination des virus.

Les chercheurs ont notamment découvert que les récepteurs β2-adrénergiques inhibent tout particulièrement la réponse de certaines cellules immunitaires, les cellules Natural Killer (NK). Stimulés par les hormones du stress, les récepteurs β2-adrénergiques empêchent ces Natural Killer de produire un type de cytokine particulier requis pour permettre l’élimination des virus.« Nous avons confirmé expérimentalement que les hormones du stress qui se lient aux récepteurs β2-adrénergiques réduisent la réponse immunitaire et que cela passe par une diminution de la production de certaines cytokines inflammatoires, requises pour l’élimination des virus », précise Sophie UgoliniSelon la chercheuse, ces travaux pourraient ouvrir des perspectives thérapeutiques. « En ciblant le récepteur β2-adrénergique, il serait en effet envisageable, dans certains contextes pathologiques, de lever les freins immunitaires… »

Un stress excessif rend les cellules immunitaires hyperactives

Des chercheurs viennent de montrer qu’un stress intense et régulier modifiait l’expression des gènes présents dans les globules blancs. Ces cellules modifiées sont alors sujettes à des réactions immunitaires excessives pouvant conduire à une inflammation.

À petites doses, le stress est bénéfique et fournit l’énergie nécessaire aux organismes pour affronter les difficultés quotidiennes. Cependant, si les problèmes durent trop longtemps, le stress devient néfaste. Il peut agir sur le système nerveux sympathique qui contrôle un grand nombre d’activités inconscientes, telles que le rythme cardiaque et la contraction des muscles lisses. Selon une étude récente, les personnes trop angoissées auraient au moins deux fois plus de risque d’être victimes d’une crise cardiaque. Cependant, les mécanismes par lesquels le stress impacte la santé restent encore mystérieux.

Des chercheurs de l’université d’État de l’Ohio se sont intéressés à l’effet du stress chronique sur le système immunitaire. Leurs résultats, publiés dans la revue Pnas, montrent qu’il agit directement sur l’expression des gènes des globules blancs et conduit à des réactions de défense exacerbées. Cette immunité démesurée pourrait augmenter le risque de problèmes cardiovasculaires, d’obésité et de diabète.

Le stress ne doit pas être tu, sinon il tue. Les personnes anxieuses qui craignent des conséquences sur leur santé n'ont pas tort : elles ont au moins deux fois plus de risque de faire une crise cardiaque. © Marsmet549, Flickr, cc by nc sa 2.0

Quatre fois plus de globules blancs chez les souris stressées

Pour cette étude, les chercheurs ont analysé l’effet du stress chez la souris, grâce à un modèle comportemental bien établi. Tout d’abord, plusieurs mâles ont été introduits dans une cage afin qu’une hiérarchie se construise. Les auteurs ont alors placé dans cette communauté un autre mâle au caractère agressif pendant deux heures. Ils ont répété cette opération plusieurs fois, et ont ainsi créé un stress chez les rongeurs« À la fin de l’expérience, les souris étaient dans un état de stress chronique », explique John Sheridan, le directeur de cette étude.

La moelle osseuse des souris produit des milliards de globules rouges et blancs chaque jour. Des résultats précédents ont montré qu’en cas de stress, ce phénomène était biaisé et que les globules blancs naissaient plus actifs que prévu. En d’autres termes, les cellules immunitaires des souris stressées sont trop productives et peuvent endommager les tissus sains de l’organisme.

Pour comprendre le phénomène, les chercheurs ont tout d’abord comparé le nombre de globules blancs présents chez des souris normales à celui de rongeurs stressés. Leurs résultats sont sans appel : le stress multiplie par quatre le nombre de cellules immunitaires dans le sang et la rate.

Chez la souris comme chez l’Homme le stress brusque l’immunité

Dans un deuxième temps, les auteurs ont analysé et comparé l’expression des gènes de globules blancs chez les deux types de souris. Ils ont alors trouvé chez les animaux angoissés 3.000 gènes différemment exprimés, dont une grande partie est impliquée dans les réactions inflammatoires. Ces résultats démontrent que les cellules immunitaires des rongeurs stressés possèdent un équipement génétique favorable à l’inflammation. « Des études précédentes ont montré un lien entre le stress et l’inflammation, et nos travaux confirment cette association au niveau génétique », indique le chercheur.

Pour finir, les scientifiques ont effectué des tests chez l’Homme. Ils ont analysé des échantillons sanguins provenant de personnes ayant des statuts socioéconomiques jugés plus ou moins stressants. Ils ont alors identifié 387 gènes ayant une expression différente en fonction du niveau d’anxiété. Près d’un tiers de ces gènes étaient identiques à ceux trouvés lors de l’analyse chez la souris stressée. « Cette expérience montre qu’en ce qui concerne la réponse au stress, la souris et l’Homme ne sont pas si différents », conclut le scientifique.

Le stress chronique est néfaste pour la santé cardiaque car, comme la consommation régulière de quelques cigarettes, il augmente les risques d’infarctus. Zens, restons zens !

Le stress se traduit physiologiquement par la libération de certaines hormones qui vont agir sur la pression artérielle ou d'autres parties du système circulatoire. L'anxiété chronique cause donc peu à peu des dommages au cœur et ses vaisseaux. © Zulufoto, shutterstock.com

Une étude américaine montre que l’anxiété chronique pourrait être aussi dangereuse pour le cœur que le fait de fumer cinq cigarettes par jour. Encore une bonne raison pour prendre soin de soi, se détendre, se mettre à la relaxation… Ce travail, issu du Columbia University Medical Center, a montré que les personnes très anxieuses étaient plus susceptibles (à 27 %) de souffrir d’un infarctus.

Les chercheurs ont analysé des données provenant de six recherches différentes menées auprès de 120.000 personnes. Lors de ces études, on demanda aux participants d’évaluer leur stress. Ils furent suivis sur quatorze années, pendant lesquelles les chercheurs recensèrent aussi les crises cardiaques.

« Ces résultats sont significatifs parce qu’ils sont applicables à presque tout le monde », explique Safiya Richardson, en charge de l’étude. « L’information à retenir est que ce que l’on ressent a des incidences sur notre santé cardiaque, donc tout ce que l’on fait pour réduire son stress est positif pour sa santé cardiaque sur le long terme. »

Réduire son stress pour sauver son cœur

Cette étude est parue cette semaine dans la revue The American Journal of Cardiology. « Pour réduire son anxiété, des recherches menées par l’université de Californie de Los Angeles (UCLA) montrent que le yoga peut y concourir en réduisant l’inflammation du corps en seulement 12 minutes de pratique par jour, et ce pendant huit semaines. Le fait de bien prendre soin de soi est aussi un élément clé pour réduire son stress, et pour cela il est conseillé de bien se reposer, de faire de l’exercice, de bien se nourrir, de limiter sa consommation d’alcool et de ne pas fumer… »

« Je remercie le site Futura-sciences.com de consacrer un dossier complet à la thématique de mon livre « L’Intelligence du Stress » (publié aux Editions Eyrolles) qui porte un regard inédit sur les origines, la nature et les vrais enjeux du stress. Je suis ravi de pouvoir partager avec ses lecteurs le fruit de nos 20 années de recherche et d’application dans le domaine des neurosciences cognitives et comportementales, montrant que le stress est un moyen d’expression indirect de notre intelligence adaptative (« cortex préfrontal ») paradoxalement peu consciente. Ils découvriront, dans ce livre, des clés et des exercices pratiques pour apprendre utiliser pleinement leur intelligence « préfrontale » et ainsi traiter les causes profondes du stress ».

Jacques Fradin, Docteur en Médecine

Share

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Mitchiko Mochizuki

Co-Fondatrice

Mitchiko Mochizuki